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Journaliste radio/Avoir 25 ans et couvrir un attentat/Les dessous de l’info


Le journaliste reporter en radio, contrairement au reporter en TV, lorsqu’il quitte son bureau, travaille seul. Interview, commentaires, montage, il réalise son reportage de A à Z et chaque seconde compte ! Journée type d’un reporter en radio le jour de l’attentat de la gare Saint-Michel.



Arrivée à la radio peu avant 9 heures. Il lit la presse et s’informe puis se rend en conférence de rédaction. Durant une heure, en général, les sujets du jour sont débattus. Sujets purement d’actualité, donc factuels, sujets d’illustration de l’actualité du jour et les fameux marronniers (cf article la radio le médiat de l’immédiat).


La conférence de rédaction qui se déroule autour d’une grande table, est un lieu de débat. Chacun y vient avec ses idées, ses propositions et expose l’angle qu’il aimerait développer (cf article: Comment choisir un angle). Ses collègues donnent leur avis, proposent d’autres angles, d’autres idées puis le ou la rédactrice en chef tranche. Tous les sujets sont ainsi passés en revue, distribués et validés.


10h: le reporter file à son bureau et commence à caler ses rendez vous. Son sujet est prévu dans le journal de la mi-journée. Il n’a donc de quelques heures pour le boucler.

Il faut trouver la bonne personne à interviewer pour illustrer le sujet. Elle doit savoir s’exprimer correctement, bien sûr, et avoir une légitimité pour éclairer l’auditeur. Son interview va devoir apporter quelque chose: une information supplémentaire ou bien un angle de réflexion.


10h30: il part avec son « Nagra » (l’appareil qui enregistre). Dans le cas présent, son interlocuteur se trouve à proximité mais il arrive très souvent qu’il passe une heure en voiture pour aller le rejoindre ou qu’il soit obligé de réaliser l’interview par téléphone (au KB dans le jargon journalistique) par manque de temps.


Il se rend donc au lieu de rendez-vous pour réaliser son interview. L’interview sera longue et comportera beaucoup de questions car très souvent le sujet réalisé par le reporter sera exploité sous plusieurs angles afin d’être diffusé dans tous les journaux de la journée, du soir, et peut-être même dans la matinale du lendemain.




Le reporter va donc, en général, réaliser deux sons ( deux interviews) et un papier (son analyse ou sa description dans sa propre voix). Il existe également un autre format appelé l’enrobé dans lequel on entend la voix du journaliste suivie d’une interview et à nouveau la voix du journaliste qui conclut le reportage.

En radio, tout va très vite. Une interview diffusée dure en moyenne 50’’ maxi et un enrobé peut aller jusqu’à une minute et 15 secondes. Chaque seconde est précieuse. Chaque mot est pensé et choisi pour être percutant et éclairant.


Lorsqu’il revient à la radio, devant son logiciel de montage, le reporter sait qu’il a 40 secondes pour expliquer aux auditeurs un sujet parfois complexe. Il faut aller à l’essentiel, faire des choix, zapper des infos pour ne conserver de l’indispensable. C’est parfois frustrant, mais en radio comme en télé ou sur les réseaux sociaux, le taux d’écoute et de concentration des auditeurs/téléspectateurs est très court.


Montage des interviews


Si vous écoutez la radio, vous avez certainement remarqué que dans les journaux les personnes interviewées parlent très vite et sans hésitation. Ça fait rêver ! Mais ce n’est pas la réalité.

Le reporter, pour gagner quelques précieuses secondes a « nettoyé » l’interview. C’est à dire que lorsqu’il a choisi le passage à conserver, il va se concentrer sur la forme pour le rendre limpide et audible. Toute hésitation ou bafouillage sera enlevé. Pour gagner du temps, le journaliste va même parfois enlever les respirations. Sur un total de 40 secondes, 5 secondes de respiration enlevées c’est 5 secondes de gagnées pour rajouter une information. Ce n’est pas de la triche, c’est juste du temps de gagné pour nous informer.


Aujourd’hui, le montage se réalise sur ordinateur, grâce à un logiciel extrêmement précis. Mais lorsque j’ai commencé à travailler en radio dans les années 90, nous disposions d’une réglette 📏 pour y poser la bande audio, d’une paire de ciseaux ✂️ pour couper le bout de son en trop (respiration ou autre) et de scotch pour recoller les deux bouts ! C’était du bricolage mais cela fonctionnait. Pour baisser la voix en fin d’interview, nous pouvions également gratter la bande avec les ciseaux afin de l’effacer légèrement pour atténuer son intensité et la « shunter ».


Lorsque j’étais étudiante, mon professeur qui travaillait à France Inter, m’avait fait venir à la Maison de la Radio, à Paris, pour m’entraîner au montage. Je devais prendre les résultats d’une course hippique et tous les inverser (numéro un à la place du 12…). Un vrai casse tête ! Pour m’organiser, j’avais sélectionné des dizaines de bouts de bandes que j’avais accrochés à la fenêtre et qui pendaient dehors, au 4ème étage.

Il m’avait fallu une bonne heure pour venir à bout de cet entraînement.

Aujourd’hui, les étudiants en journalisme radio en ont pour 10 minutes !


Attentat de la gare Saint-Michel 25 juillet 1995


Ce jour là, j’étais de présentation journal sur une radio nationale. J’avais présenté le journal de la mi-journée et commençais à préparer celui de 18 heures.



A 17 heures, une dépêche AFP tombe. Attentat meurtrier sur la ligne B du RER au deuxième sous-sol de la gare de Saint-Michel à Paris.

Attentat revendiqué par le GIA algérien. Panique à la rédaction. La rédactrice en chef me demande de prendre un Nagra, une voiture et de filer à la gare Saint-Michel. Quelqu’un d’autre présentera le journal.

Paris est déjà paralysé. Je mets plus d’une heure à parcourir 6 kilomètres et à me garer. Le quartier latin est quadrillé par les forces de l’ordre. Seuls les journalistes munis d’une carte de presse sont habilités à passer le cordon de sécurité.


Devant Gibert Jeune, c’est la panique. Les pompiers sortent des corps des civières. Les journalistes sont quant à eux parqués sur le Pont qui sépare Saint-Michel du Châtelet.
Des centaines de caméras et photographes dont certains, pour se faire une place, on mis leur casque moto dans le dos et donnent de violents coups d’épaules pour assommer les confrères et se faire une place aux premier rang car on annonce une conférence de presse du chef des pompiers.

Sur le terrain, dans ce genre de circonstance, le journaliste est coupé du monde. Il a moins d’informations que ses collègues restés à la rédaction et qui consultent les dépêches AFP.

Petite précision qui a son importance: en 1995: pas de téléphones portables !!! Que des cabines téléphoniques qui sont prises d’assaut par les journalistes pour faire leur papier (compte-rendu) en direct.

On fait la queue. Sonnée par un coup de casque moto d’un photographe, je m’assoie par terre et commence à monter la déclarations du chef des pompiers. Bilan, nombre de victimes, nombre de forces engagées, causes de l’explosion… Bref, du factuel. Le Nagra dont je dispose à l’époque fonctionne avec des bandes et on peut monter son sujet directement dessus. Avec un appareil spécifique, que l’on pose sur le haut parleur du téléphone de la cabine, on peut envoyer les sons à la rédaction pour une diffusion en direct.


Dépendre de cette fichue technique provoque toujours beaucoup de stress. Mais cette fois-ci, tout se passe bien. Je me suis « battue » pour garder ma place dans la file d’attente de la cabine téléphonique », j’y suis, j’y reste!



J’envoie le son monté du pompier à la rédaction qui le diffuse simultanément, j’enlève l’appareil collé au haut-parleur et prends la parole pour témoigner de ce que je vois en direct, sous mes yeux. Le chaos. Des blessés. Des hurlements. Du sang. Une panique générale.

Dans ces moments là, il faut garder la tête froide. Conserver son humanité et la conjuguer avec son métier de journaliste, là pour témoigner et raconter le plus justement possible. Le juste milieu est difficile à trouver, surtout lorsque l’on a 20 ans et que l’on est confronté au plus terrible attentat meurtrier que Paris ait jamais connu. Il fera 8 morts 117 blessés. Mais à l’heure ou je fais mon direct, personne ne connaît le bilan.

Je n’oublierai jamais cette expérience et fort heureusement, des journalistes en repos ou en tournage ailleurs furent appelés en renfort par la rédaction.

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